La vie imaginaire des femmes expats désorientées

8 La vie D'expat entete

Depuis que vous vous êtes expatriée, vous êtes devenue un être à part pour votre entourage resté au pays. L’annonce de votre départ a, à l’époque, provoqué une petite onde de choc : cette sortie des rails jusqu’alors bien droits de votre parcours a pu susciter de l’angoisse chez vos parents qui se demandent toujours ce que vous allez faire de votre vie, de l’incompréhension chez vos potes, de l’envie aussi alors que vous partiez vers des destinations exotiques, appart en main et billets d’avion payés à gogo.

Si vous êtes un vrai spécimen de femme expat (les courageuses qui partent toutes seules bosser à l’étranger et s’y installent après avoir rencontré l’âme sœur localement bénéficient d’une aura toute différente d’aventurière, même si elles ne sont parfois pas plus comprises), bref, si vous avez du démissionner pour suivre votre homme, et vous retrouvez déchirée entre l’envie de profiter des avantages de votre nouveau statut, et celle de crier au monde que s’expatrier n’est pas tous les jours aussi facile qu’on pourrait se l’imaginer, rassurez-vous, vous n’êtes pas seule !

Car oui, vous avez l’impression qu’on vous imagine toujours affalée au bord de la piscine entre deux voyages, une margarita à la main, pendant que la bonne s’occupe des enfants et que votre mari élabore des stratégies d’évasion fiscale afin de mettre à l’abri sa fortune et son patrimoine immobilier – les économies réalisées vous permettant d’aller faire du shopping chez Chanel et de manger tous les jours au restaurant sans aucun complexe.

On se demande quand vous allez enfin vous remettre au boulot – ces phases d’expatriation n’auront qu’un temps, et telle la cigale de la Fontaine, il vous faudra bien revenir au pays danser comme les autres – et redevenir une femme active (notez qu’on ne parle jamais « d’homme actif » d’ailleurs, le masculin de cette expression n’existe pas, sûrement car un homme est toujours actif, contrairement à la femme, et qu’il est par conséquent inutile dans son cas de préciser son statut. Alors que pour une nana, par contre, c’est hyper important, car une femme au foyer qui se tape des journées d’inactivité de 14 heures à s’occuper de la maison et des enfants, en comparaison de quelqu’un qui bosse, c’est une vraie feignasse).

Alors, dites-leur que votre vie ne vaut pas que par le nombre d’heures de travail pointées dans une entreprise, que la liberté que vous avez acquise se paie aussi par un certain isolement et fragilité, mais que vous êtes fière et ne regrettez rien, car vous avez pris un risque en tentant le changement et que le courage de le faire, bien qu’étant une certaine forme d’inconscience, tout le monde ne l’a pas. Vous avez vous aussi la force de mener à bien vos projets, de concrétiser votre vision de votre vie, et d’aider vos enfants à le faire.

Et ça, ça vaut bien de temps en temps une margarita au bord de la piscine après une séance de shopping pendant que la bonne s’occupe des enfants !

7.5 La vie D'expat

8 La vie D'expat

Du côté des vivants

10 Coup de fil

Aujourd’hui, j’ai reçu un appel de ma famille pour savoir si j’allais bien, après une nouvelle explosion à Istanbul. Depuis le mois d’octobre dernier, ce genre de coup de fil tend à se répéter. Ankara, Paris, Istanbul… Que l’on regarde vers la France ou vers la Turquie, on ne sait plus très bien où on court le moins de risques – même si l’endroit où on ne court pas de risques, je ne le connais pas vraiment, et que bien que me sentant bien plus en sécurité au volant de ma voiture qu’en avion par exemple, je sais bien que cette impression est liée au sentiment d’être aux commandes. Statisquement, on sait ce que ça donne. Alors, les statistiques, on oublie, et on vit quoi.

Bref. Tout cela me fait de la peine pour la Turquie. Cela me fait d’autant plus de peine qu’on commence à se dire « tiens, encore un attentat », et puis on s’y fait, on s’indigne moins. On s’inquiète peut-être moins aussi. Ici, la vie continue, la ville fourmille, même si les touristes se sont éloignés. Il y aura moins de monde cette année pour visiter la belle Cappadoce, les plages d’Antalya et l’esplanade de la mosquée Bleue. Qui du haut de ses minarets, en a vu bien d’autres.

Je ne sais même plus à quelles victimes dédier mes pensées : celles d’aujourd’hui, celles d’hier, les millions de gens déplacés par ces conflits sans fin à l’Est…

Alors moi, oui, je vais bien. Ce soir mes enfants auront le ventre plein et un toit sur la tête, et s’endormiront dans leur lit bien chaud après l’histoire du soir. Ce qui fait de nous des gens heureux, privilegiés, et aussi reconnaissants d’avoir un jour de plus au compteur, et un soleil pour nous tirer du lit demain matin. Pour vivre une journée de routine sûrement, une journée banale peut-être, mais une journée pleine de petits moments de beauté, tout simplement.

10 Coup de fil

11 Coup de fil

 

Bonne Fête des mères !

By the fire

Des millions de mamans à fêter aujourd’hui, et chacune avec son histoire et sa manière…

Il y a celles qui ont rêvé de l’être, celles qui le sont devenues par accident. Celles qui se sont senti maman dès les premiers coups de pied dans leur ventre tendu, et celles qui ne se sont reconnues mères qu’après des mois à s’occuper de leur bébé. Celles qui ont attendu des années, celles qui ont connu des deuils d’enfant qui ne naitraient pas, et celles qui ont chanté une dernière berceuse à leur  petit pour une éternité qu’elles vivront avec leur souvenir pour compagnon. Celles qui ont adopté, et celles qui ont élevé l’enfant d’une autre.

Il y a celles qui sont inquiètes, celles qui ne s’en font pas, celles qui continuent, celles qui arrêtent tout. Celles qui gèrent, celles qui pêtent les plombs, celles qui kiffent, celles qui se posent des questions. Celles qui en font quatre, et celles qui n’en ont qu’un. Celles qui s’excusent, celles qui culpabilisent, celles qui ne savent pas. Celles qui font avec, celles qui renoncent aussi.

Les débordées, les joyeuses, les râleuses, les organisées, les insouciantes, les mal fagotées, les apprêtées, les carriéristes, les « au foyer »… Et celles qui sont un peu tout cela à la fois.

Mais toutes ont passé des heures à regarder leur bébé dormir, ont passé la tête par la porte pendant la sieste pour vérifier s’il respirait bien, l’ont bercé jusqu’à minuit après la crise du soir, se sont relevées en pleine nuit pour la tétée. Toutes ont fondu au premier sourire, se sont enthousiasmées aux premiers pas. Toutes ont eu mal au dos à force de porter leur enfant sans pour autant se résoudre à s’interdire de le faire même quand il était plus grand. Car rien ne vaut ces petits bras qui s’accrochent autour de leur cou, ces joues à embrasser, ces cheveux fins à caresser.

Toutes sont devenues expertes en goûters d’anniversaire, en lecture d’histoires du soir, en réparation de genoux écorchés, en réponse à d’interminables « pourquoi ? », en préparation de cartables, en critique de gribouillages, en essuyage de mains, lavages de culottes, tarissement de larmes grosses comme des billes dans des yeux mouillés par un chagrin éphémère.

Et puis il y aura les chagrins moins éphémères, les questionnements d’adolescents, les départs d’adultes. Les peines auxquelles on ne peut rien faire, et les joies de continuer à passer du temps ensemble, d’ouvrir les albums de souvenirs et d’en créer d’autres, de nouveaux, avec peut-être un jour d’autres bébés à aimer, à embrasser… et à rendre à leur nouvelle maman débordée une fois la journée finie !

Bonne fête à toutes les mamans du monde; elles le méritent bien (et pour changer de la BD, voici un de mes tableaux « By the fire » en illustration ) !

By the fire

Trafik varmı ? Trafik var !

10 Traffic

Vous est-il déjà arrivé de jurer que jamais vous ne vivriez dans une grande agglomération à cause des embouteillages ? Moi oui. Mais ça, c’était avant de me retrouver à Istanbul. Un nombre d’habitants situé autour de 18 millions, et des routes prévues pour environ la moitié de cette population, cela donne un résultat assez… encombré. Ajoutez dans l’équation un style de conduite local pour le moins chaotique, et vous obtenez les pires bouchons que vous avez jamais vus de votre vie (Istanbul est classée parmi les trois pires villes européennes en termes de difficulté du trafic, avec Moscou. Notez que là, ça ne dérange pas trop l’Europe d’intégrer ces villes dans son référentiel. Je suppose que ça permet de voir les capitales européennes sous un meilleur jour, donc que les frontières si bien définies de notre communauté peuvent être légèrement redessinées le temps d’un classement).

Les distances à Istanbul ne se mesurent pas en kilomètres. Elles se mesurent en temps. Car bien que l’école de votre enfant se situe à trois bornes, selon les heures de la journée (et même sans raison aucune, car il est absolument impossible de prédire si une route va être praticable un matin car elle l’était à la même heure la veille, des embouteillages se formant spontanément à n’importe quel moment sans explication apparente), vous pouvez aussi bien avoir besoin de dix minutes que deux heures pour y parvenir. C’est d’ailleurs peut-être une visite d’Istanbul qui a inspiré à Einstein sa théorie de la relativité : ici le temps à la capacité de se dilater (quand vous êtes prise dans un monstrueux bouchon et roulez si lentement qu’il vaudrait mieux abandonner votre voiture et finir à pied), que de se contracter (quand vous vous rendez compte qu’il vous a fallu 6 heures pour accomplir une visite chez le médecin et que la journée est déjà finie).

Du coup, il vous semble que l’état du trafic régente votre vie. La perspective d’affronter un bouchon est tellement effrayante – passer trois heures bloquée dans votre voiture avec vos enfants déchaînés sur les sièges arrières a suffi à vous traumatiser et on ne vous y reprendra pas deux fois – qu’avant de sortir, vous vérifiez systématiquement Yandex ou Google Maps. Vous ne dites plus « Je ne peux pas, je suis malade » ou « Je ne peux pas, il pleut à verse » mais bien « C’est pas possible, il y a trop de trafic ». Istanbul est une ville où on ne peut pas prévoir de faire plusieurs choses dans la journée. Il vaut mieux se limiter à un rendez-vous par jour. Fini le temps ou vous alliez récupérer les enfants après le boulot, avant d’aller faire les courses pour terminer la soirée avec un cours de gym !

C’est un problème très difficile à expliquer aux gens qui ne vivent pas là. Etant expat, vous êtes sensée avoir du temps. Personne ne comprend pourquoi vous avez tant l’impression de courir partout, vous qu’on imagine au hammam à siroter du thé toute la journée !

10 Traffic

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Avant/Après

30 Kilos en plus

Bonsoir ! Je continue à partager de nouveaux dessins (pour celles qui aiment les relookings). Parfois, je me surprends à trafiquer le physique de mes propres personnages sur Photoshop, sauf que c’est souvent pour leur donner plus de formes ou raccourcir leurs jambes… Tout l’inverse des magasines !

Bref, encore un petit exemple d’avant/après, sur des dessins que j’avais faits il y a exactement un an.

Here they are (c’etait tire de cet article):

Raisonnable 1

Raisonnable 2

Et voici la nouvelle version :

30 Kilos en plus

31 Kilos en plus

Et voilà ! Je vous retrouve vite pour un dernier article de mai, et puis au mois de juin, je fêterai la première bougie du blog !

En garde !

2 Creche

Que vous soyez expat ou non, si vous êtes maman, la question de la garde de vos enfants a dû se présenter à vous ! Si vous travaillez, vous n’avez pas vraiment le choix, il vous faut confier vos petits à une crèche. A supposer que vous en trouviez une, surtout en France où pour une mystérieuse raison, l’offre est largement dépassée par la demande. Obtenir une place n’est pas donné à tous, et on demande parfois de s’inscrire avant d’être enceinte – ce qui revient un peu à prendre rendez-vous chez le médecin avant de savoir si on sera malade, ou à prévoir sa date de mariage avant de rencontrer son futur mari. Juste au cas où, quoi. On ne sait jamais, on n’est jamais trop prudent !

En Turquie, beaucoup de femmes expatriées ne sont pas salariées, mais cela ne les empêche pas d’avoir besoin qu’on garde leurs enfants (parfois pour une simple question de santé mentale). Pouvoir profiter de voir grandir ses enfants est un luxe, mais ce privilège a quand même quelques petites limites – comme dans «  j’aimerais bien pouvoir faire pipi sans que mes enfants me suivent jusque dans les toilettes pour me regarder faire » ou “ j’aimerais réussir à mener à bien cette réunion Skype avec un client sans avoir à me cacher dans un placard pour avoir la paix”. Problème véridique auquel les hommes sont assez peu souvent confrontés au boulot – sauf en cas de contrôle fiscal.

Le problème, c’est que les garderies n’acceptent pas – ou très peu – les tout petits. Il est rare qu’on prenne en garde un bébé avant 18 mois. Les mamans turques restent souvent au foyer ou bien leur famille se charge de s’occuper des petits pendant qu’elles travaillent (leurs mamans ou belle-mamans allant jusqu’à emménager avec le jeune couple pour assurer cette mission), et il n’est pas très bien vu d’abandonner de manière indigne la chair de sa chair dans une structure externe.

Même dans les endroits qui accueillent les bébés, tout un protocole est mis en place afin de ne pas les traumatiser (la complexité et progressivité dudit protocole est propice à faire augmenter votre culpabilité de manière exponentielle. On dirait qu’il a été fait pour souligner à quel point, puisque vous êtes prête à passer sciemment par toutes ces étapes, vous êtes une mère indigne). Au début, on vous le prendra seulement 2 heures par jour, en votre présence, puis sans vous, puis le bébé pourra rester pour le repas, pour enfin peut-être être accepté pendant la sieste, et enfin, apothéose d’une période d’adaptation pendant laquelle vous avez eu l’impression que vous étiez plus embêtée que lorsque vous gardiez votre enfant à la maison,  annulant par là-même le bénéfice de la garde, il sera enfin accepté pour toute la journée.

Moi qui arrive des USA où les crèches regorgent de crevettes de quelques semaines que leurs mères ont dû laisser après un très court congé maternité, sous peine de perdre leur job (où elles doivent s’enfermer dans leur bureau pour pouvoir pomper leur lait entre deux réunions, car là-bas, on est une mère indigne si on ne nourrit pas son enfant au lait maternel pendant au moins un an, quelles que soit les manœuvres nécessaires pour y arriver) !

Bref, il semble qu’il soit partout exigé de nous d’être des êtres sacrificiels. Ou alors que nous l’exigions de nous-même ? En tout cas, j’ai decidé de faire garder ma plus petite pour DESSINER, exercice psychologique que j’ai mis un an à maîtriser, mais j’ai comme l’impression que c’est bénéfique pour tout le monde. Happy wife, happy life !

1 Creche

2 Creche

 

La théorie de l’évolution

0 Desperate Housewife

Je partage avec vous ce soir de nouveaux dessins… Nouveaux ? Pas tout à fait ! Vous les avez peut-être déjà vus au fil du blog, mais il est temps de les retravailler, et voici le résultat.

Deux de mes préoccupations actuelles (celles concernant le quotidien un peu fou d’une maman mises à part), sont 1) de vous concocter un album de BD le plus sympa possible et 2) de faire un sorte qu’il ne soit pas redondant par rapport au blog.

Il y a donc dans la BD un certain nombre de dessins qui seront totalement inédits, mais aussi des planches retravaillées – car j’ai besoin de les dépoussierer un petit peu😉

Alors comme je viens de m’y attaquer, je vous montre un peu ça (car mon cerveau commence à bouillir, avec toutes ces histoires de perspective, de points de fuite, d’aplomb, de proportions ! Il faut réfléchir à tout un tas d’éléments quand on dessine d’imagination, pour que ca fonctionne, c’est pire que la check list d’un Airbus !).

Voici par exemple le dessin publié en septembre pour illustrer Desperate Housewife :

Piscine desperate 2

Et voici la version 2016 remasterisée sans effets spéciaux :

0 Desperate Housewife

Ce qui m’a pris 4 heures de travail et je me suis bien amusée. (Dites-moi ce que vous en pensez !)

Si vous aimez ce blog, vous pouvez vraiment vraiment m’aider à le poursuivre et à donner le  meilleur lancement possible à ma BD en la pré-achetant à partir de 20 euros (vous la recevrez chez vous, et avec une dédicace !). L’argent récolté sert à la direction artistique du livre, sa maquette, son impression, son envoi, le graphisme de sa couv’, sa promo, et valorise des centaines d’heures de boulot de création. Mille mercis de me suivre, j’ai à coeur de vous donner autant de plaisir à lire ces articles que j’en ai à les élaborer.

Le site de l’editeur où participer est là ! 

A très vite avec un nouvel article pour débuter mai (la crèche en Turquie ? Quelle crèche?)

Au pays imaginaire

France vue d'enfant entete

Après toutes ces années loin de mon pays, je commence à le voir à travers le prisme de mes souvenirs et des vacances que j’y passe. Je n’y travaille jamais, n’y paie pas mes factures ni n’y sors mes poubelles. Au contraire, la France est pour moi le lieu des bons moments, des retrouvailles entre amis et des virées de shopping à Paris – moment de lâchage oblige lorsque je passe par la capitale.

Je me rends compte que je suis expat’ depuis longtemps quand on me parle de stars et d’émissions de télé françaises que je ne connais pas (quelle angoisse sociale lorsqu’on ne sait pas qui est le dernier gagnant de la Nouvelle Star ! Christophe Willem qui ? C’est presque aussi embarrassant que de savoir qui c’est). Ou quand je me surprends à hausser les sourcils quand j’entends quelqu’un se plaindre de la Sécu ou du système scolaire (une impulsion difficile à réfréner me pousse à répliquer : et les consults à 150 dollars chez le généraliste aux USA, tu connais ?). Un décalage flagrant s’est installé peu à peu entre l’image que je me fais de ma mère patrie et la réalité.

Bref, la France, j’idéalise un peu.

Mais ce qui est drôle, c’est que mes filles, qui n’y sont pourtant pas nées, l’idéalisent aussi ! J’ai trouvé ça étrange, et puis j’ai compris : la France, pour elles c’est l’Eldorado ! Quand elles y vont, c’est pendant les vacances. Il n’y a pas d’école, elles sont logées chez leurs grands-parents dont le degré de permissivité est inversement proportionnel au mien, peuvent faire la teuf avec les cousins tard le soir, sont (juste très très modérément) gâtées, au rythme environ d’un jouet acheté par regard suppliant égaré sur le dit jouet. Elles sont reçues comme des princesses et portent auprès de leurs petits amis français l’aura de celles qui viennent de terre étrangères – elles peuvent même faire semblant de parler turc car, comme personne ne comprend rien, il n’y a personne pour les contredire.

Alors évidemment, elles me demandent quand on rentre y vivre alors que le concept de retour ne s’applique que quand on y a déjà vécu !

France vue d'enfant entete

C’est la dernière ligne droite pour ma campagne de crowdfunding ! Si vous voulez soutenir mon travail et recevoir l’album sur la Vie d’Expat, plein d’inédits, en premier à sa sortie en novembre, vous pouvez le pré-acheter à partir de 20 euros, sur le site de l’éditeur Sandawe. Ca dure jusqu’à samedi prochain. Merci d’avance et bonne lecture !

 

Aux amis…

16 Dire au revoir

Lancée dans la rédaction et le dessin de mon bouquin, quelque peu freinée par l’attaque d’un virus sournois (du genre de celui qui te fait croire que tu vas mieux, pour te renvoyer au lit le jour suivant), j’ai eu peu de temps ces dernier temps pour cultiver le blog !

Il m’est difficile d’assurer un maximum d’inédits dans l’album et dans le blog à la fois, c’est pourquoi je vais ralentir un peu le rythme de mes articles pour les prochains mois, mais je ne pars pas, et je vous tiendrai au courant de l’avancement de mon travail avec des petits dessins.

Je voulais écrire un petit mot de remerciements aux gens qui suivent le blog régulièrement, et à ceux qui m’encouragent. L’expatriation m’a permis de rencontrer beaucoup de gens, de différentes origines, et grâce au blog j’ai eu des contacts avec des francophones du monde entier. Il y a des rencontres qui changent une vie, tant on en apprend. Je pense à des profs d’art que j’ai eu la chance d’avoir sur le tard, mais aussi à des amis extraordinaires, dont la façon de voir la vie, de la dévorer, d’entreprendre et d’avancer m’a énormément inspirée et même portée dans les moments d’expatriation difficiles.

Et les moments difficiles, ils sont souvent liés aux gens qui partent et à ceux qu’on a laissés. Alors voilà, ce billet, il est pour ceux dont j’ai raté les mariages, ceux dont je n’ai même pas encore rencontré les enfants, ceux à qui je pense presque tous les jours, en me rappelant CETTE soirée ou ce moment de partage spécial où on avait refait le monde ou juste confessé ses soucis à une oreille amie, à mi-chemin entre les rires et les larmes, un verre de vin à la main.

La vie d’expat, c’est une suite de départs et de recommencements, de nombreux adieux qu’on espère aux revoirs, mais aussi la promesse de nouvelles rencontres et la certitude aussi qu’au pays, les nôtres sont là encore pour un moment, qu’on retrouvera leurs bras, leur table et leur conversation, et que pour une minute, on pourra fermer les yeux en savourant l’odeur du soir en se disant qu’on est bien, et qu’ici aussi, on est un peu chez soi.

 

(Je vous livre donc ce dessin, qui illustrera la partie de l’album évoquant les déménagements d’un pays à l’autre et leurs suites !)

16 Dire au revoir

Through their eyes

Ecole fermee-1

Aujourd’hui, le lycée français était fermé. Le risque d’y emmener les enfants était trop grand. Je n’ai pas tellement su expliquer à ma fille de 5 ans pourquoi ce matin elle n’irait pas à l’école… Faut-il tout dire ? Et surtout comment le dire ?

La vie d’un expatrié dépêché à l’étranger par une grosse boite est une vie privilégiée. On peut facilement s’enfermer dans une bulle : quand on ne travaille pas, on reste entre francophones, car c’est difficile de maitriser le turc ; on a peu le temps de faire des efforts pour s’intégrer quand on a une vie active et des enfants à gérer ; et finalement, le temps passe comme ça, entre nous, pour deux ou trois ans, avant une autre destination ou un retour au pays… Quitte à passer un peu à côté de son pays d’expatriation.

On lit bien les nouvelles, grâce aux réseaux sociaux et à la presse étrangère, mais ce qui se passe en Turquie semble parfois très lointain. Même en faisant l’effort de s’informer, il est parfois difficile d’appréhender le contexte dans lequel nous vivons, de prendre du recul, d’agir… Nous sommes spectateurs d’une mécanique implacable dont nous ne saisissons pas bien les tenants et les aboutissants, et qui fait maintenant planer une menace inhérente sur nos vies, après en avoir déjà détruit tant d’autres. Le monstre de l’EI opposé aux politiques troubles de nos pays occidentaux.

Aujourd’hui, le lycée français était fermé, et la bulle est en train d’exploser. Nous sommes, au même titre que le reste de la population, soumis à la menace des terroristes. Nous allons continuer à vivre normalement, mais il va être impossible de continuer à l’ignorer. Elle sera dans les regards des gens dans le métro, qui se demanderont si la rame dans laquelle ils sont montés ne va se transformer en piège mortel, dans les armes portées par les gardes à l’entrée de l’école de nos enfants, dans notre crainte de voir surgir des détraqués lors d’un rassemblement ou d’une soirée festive.

Sur ma belle Istanbul, aujourd’hui le soleil brille, indiffèrent à nos tracas et à nos querelles, et il nous réchauffe comme un sourire de nos enfants.

Ecole fermee-1

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Faites sauter les clichés !

Dans la rue

Avant d’accepter de venir vivre à Istanbul, je n’y étais allée qu’une fois, dans le cadre du boulot. Pas vraiment une opportunité de visiter la ville, bien que nous ayons eu le temps de voir Sainte Sophie et de parcourir les allées du Grand Bazar. La plus belle vision que je garde de la ville, c’est celle de la traversée de nuit du premier pont suspendu sur le Bosphore : la pointe de Sultanahmet, ses coupoles et minarets illuminés au loin, les reflets des lumières sur l’eau, la ville vivante et affairée tard dans la soirée. Istanbul me paraissait déjà démesurée et encore très mystérieuse.

Quand nous avons eu l’opportunité de venir y vivre, nous habitions encore en Californie (vous savez, cet eldorado fait de vertes collines, de plages battues par les vents et de start-ups high tech, où les gens surfent et mangent du tofu). L’annonce que nous acceptions de partir a donc stupéfait nos voisins : comment, nous allions troquer cette vie idyllique, enviée par des gens prêts à risquer leur vie pour traverser la frontière entre le Mexique et les USA, pour s’installer dans ce pays inconnu, voisin de l’Irak et de la Syrie ? Même en France, de laquelle nous allions sévèrement nous rapprocher, cette idée n’a pas été accueillie avec un franc enthousiasme – quelqu’un m’a même demandé si j’allais devoir être voilée.

C’est que les clichés ont, malheureusement, la vie dure !

De même que les Américains, voisins du Mexique, ont une vision désastreuse de ce pays limitrophe (vision aussi véhiculée par les séries télévisées ; même dans l’excellent Breaking Bad, la population mexicaine est réduite à trois catégories : les trafiquants de drogue, les gens qui vivent pieds nus dans la poussière, et ceux qui sont venus aux US pour servir dans les fast-foods ou récurer les toilettes), les Européens ont des idées très erronées sur le Proche et le Moyen Orient. D’ailleurs, où classer la Turquie ? Par beaucoup d’aspects, je me trouve plus de points communs avec les Turcs que des cultures du Nord de l’Europe par exemple. Nos Histoires sont tout aussi mêlées. Pourquoi tant de défiance les uns à l’égard des autres ?

Nous sommes mal informés. Si vous saviez comme la France était décrite dans les JT américains après les attentats de Charlie Hebdo ! On aurait dit Bagdad au cœur de la guerre du Golfe. Nous avons aussi, c’est humain, peur de l’inconnu. Je note souvent que dès que les gens un peu méfiants ont l’opportunité de venir à Istanbul par exemple, l’idée qu’ils s’en faisaient est totalement bouleversée. Ils découvrent une ville moderne, une population jeune, dynamique, entreprenante et dans le coup, une culture chaleureuse… Et ils reviennent avec plaisir !

L’opportunité d’être expatrié ou de voyager, c’est celle de s’ouvrir l’esprit, de poser un autre regard sur le monde, d’être plus tolérant… De voir son propre pays sous un autre angle. De ne pas moins l’aimer, mais d’avoir envie de lui dire : n’aie pas peur du changement !

Dans la rue

Pour pré-acheter l’album en avant-première, et m’aider à recolter des fonds pour un plus grand tirage et une meilleure distribution, c’est ici ! Si vous suivez le blog, vous pouvez me soutenir en acquérant le livre a partir de 10 euros. Aidez-moi à poursuivre mon travail !

Opération vacances scolaires

Vacances scolaires 1

Les vacances reviennent ! A Istanbul, ce sera à la fin de la semaine, mais déjà, l’heure est aux plans d’attaque… Car mieux vaut ne pas être prise au dépourvu. La grande question en ce moment c’est « et tu vas leur faire faire quoi ? » (phrase parfois assortie d’un regard qui se voudrait courageux mais apparaît quand même un brin angoissé).

Alors, il y a plusieurs techniques d’approche : la première, c’est la stratégie militaire. Vous organisez les vacances à la seconde près, avez planifié à l’avance toutes les activités, géré les invitations chez les copains/copines, prévu la sortie au musée s’il pleut, et au parc s’il fait beau. Cette approche est particulièrement maitrisée par les mères de famille nombreuse, à qui un manque de prévoyance peut-être fatal.

La seconde technique, c’est de tout faire à l’improviste. Après tout, c’est le moment de se relaxer, pas vrai ? De toutes facons, avec les enfants, la vie est toujours pleine de surprises… So you go with the flow… Cette technique est quand même légèrement plus effective quand on a des enfants autonomes. A ne pas forcement risquer avec des tous petits, sous peine de pétage de plombs potentiel lorsque vous n’aurez pas d’échappatoire après une colère historique (historique : dont vous vous souviendrez toute votre vie et que vous ressortirez à votre propre enfant lorsqu’il aura lui-même des enfants) ou un vomi sur le tapis du salon. Prenez du temps pour vous. Prévoyez une journée de repos.

La dernière technique consiste à se débarasser de sa progéniture sans aucune vergogne – enfin, si, vous vous sentirez forcement coupable, juste le temps de refermer la porte sur vos parents qui se sont vaillamment portés volontaires pour garder vos loupiots. Mais dès que vous aurez goûté à l’air frais de la liberté, ca passera, rassurez-vous.

Parce que d’habitude, les vacances, c’est quand vous vous retrouvez toute seule à faire les courses au Carrouf du coin. Alors si vous avez un vrai moment pour vous, profitez-en : vous ne serez que plus heureuse de retrouver vos petits loups au bout de quelques jours, d’embrasser leurs joues roses et rebondies, et de les écouter vous raconter leurs aventures.

Vacances scolaires 3

Vacances scolaires 4

A vous de jouer !

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Un grand merci à vous qui suivez le blog, car cela a permis à mon projet de BD sur la vie d’expat’ d’être sélectionné par les éditions Sandawe  ! Je travaille à un album exprès pour vous, avec des dessins du blog mais aussi des planches et textes inédits, et ce projet a maintenant une bonne chance d’aboutir.

C’est le début d’une aventure, mais pour aller au bout, je vais avoir besoin de soutien ! 

Comment ca marche ? Si vous avez envie de tenir entre vos mains mon album dans quelques mois  – pour être dépaysé(e) et passer un moment à rire confortablement calé(e) dans un sofa, ou juste passer le bouquin à vos proches en leur disant : « tu vois c’est ça que je vis ! « – vous pouvez m’aider en pré-achetant la BD sur le site.

La BD ne sera publiée que si j’obtiens 100 % des fonds nécessaires d’ici le 30 avril prochain. 

 –> Si je les ai obtenus, j’aurai 6 mois pour la terminer (avec l’appui de l’éditeur qui apporte sa direction éditoriale, relecture, maquette…), et vous l’envoyer avec les autres contreparties (plus vous contribuez, plus vous recevez de cadeaux). Ce qui veut dire que le livre sortira en novembre ! Et il sera ensuite vendu sur Amazon, et peut-être d’autres circuits de distribution.

 –> Dans le cas contraire, la somme que vous avez engagée vous sera remboursée début mai, et le projet ne verra pas le jour.

Pour tout savoir, et contribuer au projet, voici le lien du site de Sandawe ! Tout y est expliqué. Mais si vous avez des questions, contactez-moi.

Merci beaucoup d’avance ! Ce projet répresente beaucoup pour moi : un rêve d’enfance, une reconversion, des heures de travail à la force de mon petit poignet, une expérience unique, un souvenir de la vie à Istanbul qui sera d’autant plus incroyable si le livre voit le jour… Ce serait encore plus génial de savoir que je l’ai realisé grâce à vous et la communauté de lecteurs du blog, dispersée aux 4 coins de la planète ! 

Pour voir la video du projet, vous pouvez cliquer sur l’image ci-dessous :
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Bises et à vous de jouer ! N’hésitez pas à faire passer cet article autour de vous !

Cok Tesekkürler !

  
Caro (à fond les crayons !)

Décalquage Horaire

Decalage horaire-2

Le décalage horaire est à la vie d’expat ce que la gueule de bois est aux soirées bien arrosées : un mal un peu inévitable, qui empire avec votre âge, mais qui ne vous empêche pas de voyager. A l’approche d’un voyage, si vous êtes très loin de votre pays natal, votre attitude est régie par la philosophie du : « Mais c’est riiien du touuuut, je gère ! » ou du « Même pas peur, j’ai déjà oublie à quel point c’était chaud la dernière fois ! » (C’est cette même philosophie qui a permis à la race humaine de perdurer : sans elle, personne n’aurait plus d’un enfant.)

Après avoir été coincé dans un Boeing 747 pendant 12 heures – avec une légère petite dépression à mi-parcours, quand vous vous apercevez que vous êtes déjà assis là depuis 6 heures, mais qu’il vous en reste encore autant à vous taper – l’arrivée est un soulagement. Vous parvenez à naviguer jusqu’au contrôle des passeports : vous connaissez Charles-de-Gaulle comme votre poche, savez même quelles toilettes éviter, et vous sentez un peu mal pour les gens qui arrivent pour la première fois en France et se font engueuler en français par le personnel de l’aéroport parce qu’ils se sont trompés de file d’attente.

Après avoir été accueillis par le chaleureux sourire des quelques officiers de police qui ont daigné s’installer dans une guérite (le fait qu’elles soient toujours à moitié vide reste pour vous un mystère), vous vous dirigez vers la réception des bagages, afin d’effectuer une petite prière pour que 1) vous ne soyez pas les derniers servis, 2) ils ne soient pas carrément perdus.

Il ne vous reste plus qu’à récupérer votre voiture de location, sans céder aux avances du réceptionniste qui ne manquera pas d’essayer de vous filer un modèle plus cher, ou une assurance inutile – comme vous vivez dans un pays où survivre sur les routes relève du challenge, et ou le rôle d’assurance est assuré par Dieu, cette précaution vous arrache un sourire amusé.

Vous pouvez maintenant sortir de l’aéroport ! Il pleut probablement, vous retrouvez les routes familières de banlieue, d’un gris si harmonieux qu’il vous fait tout de suite sentir que vous êtes au pays. La bouche pâteuse, vous vous dirigez vers votre villégiature, où la première décision que vous devrez prendre sera dans le meilleur des cas : prendre une douche, ou aller se coucher ?

Vous allez vous coucher, et vous maudissez lorsque vous vous réveillez à deux heures du matin pour attaquer votre nouvelle journée…

Decalage horaire

Blanche neige et les petits nains

Neige! entete

Avant d’habiter à Istanbul, j’adorais la neige. Mais ça, c’était avant…

Il y a encore peu de temps, la vue de ciels gris annonciateurs de flocons ne provoquait en moi que des visions de rêve : jardins scintillants de blanc, végétaux couverts d’un duvet fragile délicatement posé sur leurs feuilles, toits des monuments parés de couronnes immaculées, la neige avait le don paradoxal de révéler la beauté des paysages tout en les cachant sous son manteau. C’était d’autant plus beau que c’était éphémère. Un monde en équilibre entre les nuages et l’eau.

J’ai donc été ravie de savoir qu’il pouvait neiger à Istanbul. Imaginer les coupoles des mosquées sous la neige, c’était tout une promesse.

Jusqu’à ce que la première neige tombe…

Et que les écoles ferment ! Les routes étant tellement impraticables que les transports scolaires ne fonctionnent plus.  Quand il neige, on est donc coincé (enfin, coincée, hein, pour être exacte) chez soi, avec les enfants. Ce qui en soi, peut être drôle, une fois ou deux par an. C’est l’occasion de faire des bonhommes de neige, ou bien de s’amuser à regarder les voitures déraper dans les pentes et partir en glissade arrière – spectacle particulièrement jouissif quand il s’agit d’un taxi.

Mais au bout d’une semaine ou deux, dans le même hiver, on commence à redouter les annonces météo et à prier pour qu’ils se soient trompés – malheureusement, ils sont devenus diablement précis. La chute d’innocents flocons peut finir par provoquer des montées de stress et tics nerveux en tous genres, ainsi que provoquer d’intenses questionnements : qu’est-ce qu’on va bien encore pouvoir faire toute la journée ? Comment vais-je faire pour aller à ma réunion/sortie/rendez-vous ? Quand est-ce que ça va fondre ? Et même la super mauvaise foi : je suis sûre que le bus, il pourrait bien circuler, j’y arrive bien avec mon 4×4 !

Si bien que le dégel est pour vous synonyme de liberté retrouvée. Jusqu’à ce que vos gosses, qui ont pris froid dehors, se retrouvent de nouveau à la maison. Avec la grippe.

Neige!

Tu es devenue « Femme de »

Femme de entete

Vous avez du remarquer une certaine inégalité homme/femme dans les milieux expats… Déjà en France, ce n’était pas la panacée, et il y a fort à parier que si vous travailliez, vous gagniez moins que votre mec, et partiez plus tôt que lui du boulot pour aller récupérer vos petits monstres – car qu’est une progression de carrière en comparaison du merveilleux épanouissement intellectuel offert par les comptines d’Anne Sylvestre et des fins d’après-midi au parc ?

Mais lorsque vous acceptez l’expatriation, et comme dans 90% des cas, vous suivez votre conjoint, cet écart devient subitement une faille de la taille du Grand Canyon. Pendant que votre homme disparait au travail pour travailler jusqu’à des heures indues, vous vous retrouvez au chômage, avec la charge des bambins… Pas exactement ce que vous aviez envisagé quand vous avez fait cette école de commerce ou que vous sacrifiiez votre jeunesse à préparer ces concours.

Une impression de perdre son identité peut s’installer au fil des mois d’expatriation. Quel est votre rôle ? Pourquoi ne parvenez-vous pas à vous satisfaire de votre situation, souvent dorée ? – Dorée oui, mais un peu comme dans « cage dorée » … Vous avez pourtant accepté de venir, et les bons côtés sont nombreux. Mais voilà, ça ne suffit pas, ou plutôt, l’essentiel vous manque peut-être. Le sentiment d’avoir une vie à vous, d’être indépendante, active, avec des projets professionnels, des journées passées avec des adultes qui, même s’ils vont font parfois chier avec leur rapports et leurs réunions, ne vous recrachent pas leur bouffe dans la main quand le plat de la cantine ne leur plait pas.

Vous êtes devenue une femme expat, et même une femme « de ». La question qu’on vous pose systématiquement au bout de cinq minutes lorsqu’on vous rencontre, c’est «  et, il bosse pour qui, ton mari ? ». Oui vous êtes même une femme Michelin, Areva, Syngenta.

Eh bien, prenez-en votre parti ! Celui de prendre le temps, celui d’apprendre, celui de créer, celui de profiter, celui de découvrir, celui même de ne rien faire, car ça aussi, femme super active, ça s’apprend, et c’est pas facile !

C’est l’occasion de respirer et d’être à l’écoute de soi. De laisser tous les petits désirs enfouis sous des couches de cavalcades dans les transports en commun et de dossiers à boucler affleurer. De vous chercher. De vous trouver. Après tout, vous le méritez bien, et ca ne durera pas toujours !

Femme de 3

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Et très bientôt, le projet de BD tirée du blog ! Mon petit chantier de 2016… Plus d’infos très vite !

Bye bye 2015

Resolutions entete

Cher 2015. Par moments, je ne suis pas trop mécontente de te laisser filer. Tu nous laisseras des images que qualifier de marquantes serait oser employer un doux euphémisme. Je sais que beaucoup de gens auront du mal à t’oublier, et que tu resteras le début du décompte du reste de leur vie. Tu te veux année charnière, peut-être, celle qui a révélé à coups d’électrochocs à notre vieux pays que le statuquo ne doit plus être de mise, qu’il faut oser avancer, changer, bouleverser, pour pouvoir se construire ensemble un futur. Il y a beaucoup à faire. Sommes-nous au début d’une époque sur laquelle nos enfants se retourneront en disant : « Comment n’ont-ils pas vu ? »

Je m’inquiète un peu pour ta petite sœur 2016 qui vient de naitre. On ne lui a pas fait de cadeaux. Et on attend beaucoup d’elle… Tu vas me dire que ce n’est pas nouveau. Il y en a eu des discours alarmistes avant toi, des « c’était mieux avant », des « tout part en vrille ». Mais il me semble que nous sommes à l’aube d’une époque dont on se souviendra, et pour notre plus grand bien, il serait mieux que ce soit en termes positifs.

Alors tu vas me dire, « et tu fais quoi toi ? Tu es déjà vachement occupée à essayer de gagner ta vie, élever tes enfants, cultiver ton couple, tenir ta maison, être une amie à l’écoute,  une femme active, entreprenante, sportive, bien foutue, à la mode, au courant… Et en plus on voudrait que tu sois activiste, citoyenne, responsable, écolo, alors qu’à la fin de la journée, tu t’endors épuisée en lisant pour la cinquième fois la même page d’un bouquin que tu as commencé il y a deux mois. »

Ben oui, tu as raison, cette année 2015, j’ai eu fort à faire, et même si j’ai été hantée par des photos d’enfant échoué sur une plage, de villes bombardées et de jeunes fauchés par les kamikazes, je n’ai pas trouvé de solution majeure pour enrayer mon rythme de vie et prendre le temps de faire quelque chose qui change sérieusement la donne. Et puis, les bonnes résolutions, tu sais, c’est difficile de bien les choisir et encore plus de les tenir !

Mais allez, c’est la saison, alors je m’y colle quand même. En 2016, pour commencer, je promets de bien m’occuper de moi. Oui, tu as bien entendu. J’aime les initiatives locales moi ! Car je crois que c’est en commençant là, en se sentant bien comme on est qu’on peut aimer les autres comme ils sont. Mais aussi consommer moins de trucs inutiles pour combler un je-ne-sais-quoi de vide et se nourrir de petits riens à la place. Apprécier les moments de paix. Aider ses enfants à grandir sans tout sacrifier pour eux. Savoir ce qu’on veut être et avoir le courage de le devenir. Avoir aussi celui de pardonner, même à soi-même. Réaliser qu’on fait des choix. Les assumer.

Car la société est une somme d’individualités et les femmes ont un grand rôle à tenir. Education, transmission, écoute, action… Ce sont elles qui ont le pouvoir d’apprendre à leurs filles à se respecter et à leurs fils à respecter leurs filles. Regardez les femmes expats : que serait l’expatriation sans elles, qui même si elles suivent leur conjoint dans la plupart des cas et se sentent reléguées au rôle de « femme de », gèrent la logistique, s’occupent de leurs enfants, développent des projets, et font au final de l’expatriation une aventure possible et inoubliable.

Voilà les superwomen !

En substance, je vous souhaite une bonne année 2016, pleine de ce que vous avez envie, quoi que ce soit !

Resolutions

La culpabilité, ma meilleure ennemie

Culpabilite entete

Dernière ligne droite avant Noël ! La période la plus propice aux lâchages de toutes sortes, suivis de regrets intenses : ai-je vraiment dit/mangé/bu/fait/promis ça ?

Cette semaine sera probablement faite de parcours du combattant dans les magasins (si vous parvenez à vous en approcher, les parkings étant tous pleins dès les premières heures de la matinée), et de recherches dans les allées des supermarchés. Ce qui est pour vous, si vous êtes rentrée en France, une mission particulièrement périlleuse : comme vous êtes privée de tous les produits que vous aimez le reste de l’année, vous êtes un peu comme un addict en manque. Vous tentez de résister à l’appel des produits de fêtes mais finissez par un craquage total et repartez avec un caddie plein de chocolats, alcool, fromages, spécialités régionales et mêmes produits laitiers, car il n’y a qu’en France que vous trouvez une telle diversité de textures et saveurs, et oui, vous avez bien envie de manger pour une fois un vrai yaourt qui ne soit pas dégoulinant, rose fluo, ou bourré d’aspartame – ou les trois à la fois.

Bref, je suis partie l’autre jour à Carrefour acheter une salade verte et je suis revenue avec des escargots de Bourgogne à la provençale et des vols au vent à la St Jacques. J’ai dû perdre bêtement le contrôle, mais je ne me souviens plus quand…

Car si ça ne me dérange sur le moment pas d’engloutir du foie gras et du camembert avant d’attaquer une religieuse au chocolat, je subis systématiquement par la suite un petit contrecoup. Une petite voix bien connue de toutes, toujours si promptes à l’autoflagellation, qui surgit au moment le plus désagréable (la digestion, ou la lecture de votre relevé de carte bleue après un après-midi de shopping) : était-ce bien raisonnable ?

C’est la même petite voix qui vous donne des remords lorsque  1) vous craignez avoir fait une grande erreur éducative après vous être mise en colère car le petit dernier ne voulait pas manger ses légumes 2) vous venez d’avoir votre mère au téléphone et qu’elle vous a encore fait savoir que ce serait vraiment mieux si vous habitiez plus près 3) vous avez envoyé balader votre mari alors qu’il rentrait tard le soir du boulot  car vous n’en pouvez plus : vous venez de faire une erreur éducative et d’avoir votre  mère au téléphone…

 Eh bien, vous en avez bien le droit, que diable ! Pour Noël, je vous souhaite de mettre cette petite voix au placard, de faire taire la femme/mère/fille parfaite qui sommeille en chacune de nous, de lui fourguer du champagne pour la rendre plus douce et de voir si en 2016, elle ne pourrait pas un peu vous lâcher les basques. Ça demande un peu d’entrainement, mais ça vaut tellement le coup !

Bonnes fêtes !!!!

Culpabilite

 

Star Waaaars !!!!!!!!!!!!

Star Wars entete 2

Star Wars, la saga qui divise l’humanité en deux catégories : ceux qui sont fans, et ceux qui se questionnent sur la santé mentale de ceux qui sont fans.

Vous l’aurez deviné, je fais partie du premier groupe. Certes, je ne serai pas de ceux qui cette semaine, iront dès la veille de la sortie du film camper devant les cinémas en arborant d’improbables costumes de Maitre Yoda afin d’être sûrs de pouvoir assister à la première. Mais j’irai sûrement, l’espoir au cœur, (ont-ils réussi cette fois à réveiller la Force ?), voir le reboot de la saga interplanétaire.

Etre membre de la communauté Star Wars, c’est un peu comme être expat : on vit partout dans le monde, on fait partie d’un groupe à part, les autres ne nous comprennent pas très bien et se demandent si on n’est pas un peu dingues, et on a le sentiment d’avoir des points commun avec des gens qu’on n’a jamais rencontrés. Parfois on se sent un peu con de tant aimer la saga, mais on préfère fermer les yeux sur ses défauts pour, à l’image de ceux d’un vieil ami, pouvoir continuer à en être accompagné.

J’ai découvert Star Wars enfant, au début des années 80, et j’ai été émerveillée par les batailles interstellaires, les créatures fantastiques, le Millenium Falcon et la Princesse Leia si indépendante (qui se paie le luxe de choper Harrison Ford tout en étant hyper chiante. Ce qui m’a indiqué qu’il y avait de l’espoir pour mon avenir).

Il y avait dans cette série un côté à la fois noir et enfantin, qui fait l’étoffe des contes. Et je lui vois aujourd’hui un aspect œdipien, qui fait celui des mythes. Car le succès de Star Wars tient en ce qu’il nous parle – presque – à tous. Quelque part au fond de nous cette histoire de destinée résonne et ce n’est pas du uniquement au marketing (ah, tuer son père pour devenir adulte!!!).

Mais tout cela dit… je parle de la première trilogie, bien sûr (donc : des trois épisodes du milieu, qui sont la suite antérieure de la trilogie numéro deux qui est la suite postérieure de la fin du début…. Enfin, vous avez compris). Je préfère ignorer les épisodes des années 2000 et considérer qu’ils ne font pas partie de la saga. J’avais probablement un esprit critique un peu plus développé lorsqu’ils sont sortis, ce qui explique que cette fois, la magie n’a pas fonctionné (c’est peut-être aussi dû au fait qu’ils ont mis tout le monde sur les effets spéciaux et qu’ils n’avaient plus de fric pour faire les dialogues et le scénar. Et que le futur Darth Vader a un QI de moule).

C’est donc tremblante que j’irai au ciné, en espérant que la flamme de mon enfance renaitra, et que la trilogie que j’aimais n’aura pas, à l’image des Jedis, fait l’objet d’un nouveau massacre. Comme je ne crois plus au Père Noel, il ne me reste que cette option à mon âme blasée pour retrouver un fragment de sa jeunesse.

Enfin si, il y a bien un nouvel espoir…

Essayer de faire aimer les films à mes gosses quand ils seront en âge de les voir et perpétuer la tradition !

Star Wars

Star Wars 2

Star Wars entete

Star Wars 4

Le retour en France à Noël

Jouets de Noel entete

Les fêtes approchent ! Si vous ne vous êtes pas encore lancés dans les préparatifs et autres achats de cadeaux (ou : quels articles inutiles vont bien pouvoir aller rejoindre la montagne de jouets déjà entassée dans la chambre de vos enfants), il est probable que vous ayez déjà pris un billet d’avion pour rentrer au pays à Noël.

Cette transhumance de fin d’année, est, après celle de juillet/août, le second voyage familial que je ne saurais qualifier de « vacances » (les vacances, c’est ce que vous preniez lorsque vous viviez en France et partiez une fois l’an. Quand on est expat, on part en congés dans son pays d’origine et ça n’a rien de reposant !).

D’ailleurs, l’anticipation de ce voyage provoque déjà en vous une grande confusion : vous l’avez souhaité – oui, oui, rappelez-vous, c’est bien vous qui avez appuyé sur le bouton « confirmer » sur le site d’Expedia, tiraillée entre l’envie et la culpabilité après avoir promis à votre famille que vous seriez là à Noel. Mais en même temps, vous le redoutez un peu (ces périodes d’émotions contradictoires, mêlant de grandes joies à des moments de doute intense, n’est pas sans vous rappeler la maternité : en général, on l’a voulu, mais certains jours, on se demande bien ce qui nous est passé par la tête CE JOUR LA).

Bref, si la perspective de passer les fêtes en famille vous réchauffe le cœur, tous les obstacles à franchir pour y parvenir vous donnent la chair de poule. Surtout si 1) vous avez des enfants en bas âge 2) vous avez dans votre pays d’expatriation un décalage horaire significatif avec la France 3) vous êtes concernés par les deux dernières options combinées. Car voilà, vous avez sciemment décidé, une nouvelle fois, de gérer le voyage en avion avec vos valises surchargées d’achats de Noël (si vous avez pris la précaution de commander en ligne et faire livrer les cadeaux directement en France, votre famille se chargera de remplir vos bagages au retour), le tour de France afin d’établir le record de voir tous vos proches en l’espace d’une semaine, la crise de foie provoquée par les excès de chocolats,  et la mise en contact de vos enfants avec les microbes du monde entier postés en embuscade dans les aéroports. Quand vous rentrez enfin, il vous faut un mois pour vous en remettre.

Ce qui ne vous empêche pas, l’année suivante, de recommencer !

 

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Chat n’a rien à voir

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Voilà, j’ai décidé d’écrire un article sur les chats. Ces adorables petites créatures au comportement erratique dont je n’ai encore pu déterminer, malgré de nombreuses observations, si elles sont totalement stupides ou alors diaboliquement intelligentes (car capables de se faire passer avec brio pour totalement stupides. Ce qui est, je pense, un sacré tour de force au quotidien. Même les hommes politiques n’y parviennent pas, à quelques exceptions près).

Pourquoi ce thème, en ce début de décembre, mois des petits lutins de Noël et autres outils de chantage à vos enfants, qui se tiennent sages par peur de ne pas avoir de cadeaux  (j’avoue, à huit heures du soir, quand mes filles ne veulent pas se coucher, je suis prête à recourir aux plus viles méthodes pour me faire obéir) ? Eh bien, il y a deux raisons : la première c’est que j’ai fait une promesse, à une heure du matin dans un bar d’Istanbul lors d’une fête très réussie. Et je tiens mes promesses, même celles que je fais quand je suis bourrée. La seconde, c’est que les gens adorent les chats. Je vais donc essayer de profiter lâchement de cet engouement.

Pour la petite histoire, cette fameuse promesse, je l’ai faite à une personne qui a cru lire un article de mon blog à propos de chats. J’ai trouvé ça marrant, qu’il puisse se souvenir d’un article parce que ça parlait de chatons. Surtout qu’il n’avait pas l’air du genre à les adorer – après tout, il portait un déguisement de Polnareff. Ça m’a prouvé que le coup des photos de félins sur les réseaux sociaux, ça marche à tous les coups. Vous pouvez passer des heures à écrire des articles passionnants sur la géopolitique au Moyen-Orient, vous serez forcement supplanté par un post agrémenté d’une photo de Maine Coon. C’est comme ça, il ne faut pas le prendre personnellement.

Alors j’essaie… Et si vous lisez ceci, pour ne pas avoir l’impression de vous être trop fait avoir, je vous rassure : à Istanbul, on rencontre des chats à tous les coins de rue, jusque dans les cafés et les vitrines des magasins… Ils font donc partie, d’une certaine manière, de ma vie d’expat. Ce qui suffit à justifier cette prose.

Si vous voulez m’aider dans ma démonstration, « likez » le post sur Facebook et partagez-le ! Voyons voir si nous pouvons battre un record et prouver une nouvelle fois que les images de chat valent toutes les promos du monde ! Allez, Good Bye (Marylouuuuu !)

Chats

La Classe Internationale

Cotes ou talons

Ne vous répète-t-on pas depuis l’enfance qu’il faut souffrir pour être belle ? Cet adage, probablement entendu pour la première fois alors que votre mère tentait de vous démêler les cheveux après la plage (vous savez, quand vous avez des nœuds dont un tube de vaseline ne parviendrait pas à bout et que chaque coup de peigne embarque votre tête avec lui) n’a depuis cessé de se vérifier. Il s’est tout particulièrement confirmé lors de votre première épilation à la cire, ou bien lorsque vous avez décidé d’essayer le crossfit pour perdre les kilos accumulés pendant les fêtes, ou bien encore, lorsque vous avez acheté cette paire de talons diaboliquement hauts pour les porter en soirée et ensuite très intelligemment rentrer en métro – car ceux qui boivent ne conduisent pas.

Ne parlons même pas de la vacherie qui a été faite aux femmes par la personne qui a lancé la mode des jeans « skinny ». Arborer ces pantalons est probablement aussi confortable que de se saucissonner dans une ficelle de rosbif. Moi, si je passe ma journée dedans, il faut m’amener en réa.

Et pourtant… personne ne nous force à subir ces tourments, à part… nous-mêmes ! Certes, nous sommes conditionnées par les dictats de la mode et du jeunisme, mais libre à nous de dire merde. Alors pourquoi ?! (me dis-je, chaque fois que j’ai hésité entre deux paires de chaussures pour finalement sciemment choisir celle qui couvrirait mes pieds d’ampoules).

Je suppose que nous adorons nous sentir sexy, dévoiler nos jambes sur lesquelles glisseront des regards masculins mesmérisés (mais gare à celui qui s’approche, eh !) passer des heures à nous concocter un maquillage « smoky » qui coulera à la première averse, à la première contrariété, à la première transpiration dans le métro, mais nous donne un air mystérieux et légèrement inaccessible, subtile combinaison aux antipodes de la vulgarité.

Bon allez, on lui dira pas au reste du monde, qui pense que les femmes françaises ont une classe « effortless » (traduction : on est sexy même avec un vieux sweat et les cheveux pas lavés), que nous aussi, on galère pour se faire belle !

Cotes ou talons 1

Cotes ou talons 2

 

On reste les mêmes ?

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La France me manque, aujourd’hui. En fait, elle me manque souvent, mais là, cette semaine a été dure. On voudrait être là-bas au pays, pouvoir voir ses proches, parler de ce qu’on ressent, retrouver les coins familiers de Paris. Les terrasses de café, les gens emmitouflés dans les écharpes, les ponts sur la Seine, les feuilles d’automne dans les allées, la ville en dégradés de tons gris-bleus, les vitrines de pâtisseries… Quand je rentre, fromages et viennoiseries n’ont qu’à bien se tenir.

Je suis partie de France il y a dix ans, et bien sûr, comme j’ai une mémoire sélective, je garde de mon pays une image de carte postale. Je pars en vacances dans mon propre pays comme d’autres s’en vont faire un trip au Brésil (d’ailleurs, lorsque je vivais aux USA et était nourrie uniquement de produits aseptisés, j’étais carrément menacée de tourista par l’ingestion de camembert au lait cru). Etrangement, ma perception de Paris changeait avec mes référentiels… la ville ne m’a jamais parue plus sûre que lorsque j’habitais au Mexique et prenais des bus déglingués conduit par des gamins de 14 ans, et moins sûre qu’après 2 ans en Californie, où je laissais la porte de la maison ouverte (ok, mes voisins avait chez eux un arsenal d’armes capable de faire sauter le quartier. Mais ils ne s’en sont jamais servi que pour fabriquer des pétards pour le 4 Juillet. Heureusement, on ne s’est jamais disputés).

J’ai perdu l’habitude de me déplacer dans la foule à force de vivre en voiture, alors que j’étais capable de me frayer un passage sur un quai de RER un jour de grève à l’heure de pointe sans finir étouffée. La joie éprouvée en dégustant un sandwich jambon/fromage sur une aire d’autoroute française m’a révélé la souffrance de mes papilles gustatives entretenues au jambon de dinde insipide de Subway.

Et puis au fil des années je me suis aussi habituée à un certain confort : je suis passée d’une colloc à Lyon à un appart mexicain sur le toit duquel il fallait monter pour allumer le chauffe-eau, d’un condo d’Arizona à une petite maison californienne (petite selon les standards américains. Ce qui veut dire qu’un appartement parisien aurait tenu dans le salon). Et pour finir, le grand luxe, à Istanbul, avec notre premier « vrai » contrat d’expat ! Alors, même si je n’ai pas l’impression d’avoir changé, il faut bien l’admettre, je ne pars plus en vacances en camping…

Roots 1

Roots 2

An Expatriate’s Life : Taxi Driver

Taxi Driver  ENG

I am a french expatriate mom, and this is my blog, “La Vie d’Expat en Dessins”. If you like to travel, to laugh, to observe the little things that make life so unique, this is for you ! I write one article, illustrated with my work, each week. So have a good read !

Upon arrival to a new territory, one of the things you will probably notice first is the way people are driving.

A universal rule seems to apply everywhere, at least in Europe : the further south you go, the crazier it gets (the South is a vague concept that probably embraces all the lands that lie about a 100 miles south from your home and where people start wearing sweaters and boots when the temperature dratistically drops under 75 degrees Fahrenheit. Yes, I am looking at you, California.) Anyway, according to that rule, for French people Turkey is a southern country – it doesn’t matter if the winter is cold and if we get more snow in Istanbul than in Paris. Actually, if you live in Istanbul, be kind, and tell your friends before they visit that flip-flops in March is a bad plan.

That said, driving in Turkey remains a crazy experience. After living in the States during six years, where the only skills required are 1) be able to make a left turn 2) be able to make a left turn while sipping your latte (for the most advanced drivers only), arriving in Istanbul was a shock. I saw in the frightened looks of my expatriate friends that the mere idea of driving was only for the brave. But I guess I like challenges…

So in order to give you the best possible idea of what being in the traffic in Istanbul is like, I’ll give you the example of the worst possible situation, where you don’t control anything: a cab ride! Which could, unfortunately, be the first experience you have in Turkey, after getting out of the airport (if you are an expat and want to prevent people from invading your home on a regular basis, recommending a cab might just be what you need to make them think twice…)

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Taxi Driver

Taxi Dirver 2

Lors de votre arrivée en territoire inconnu, l’une des premières choses que vous ne manquerez pas de remarquer est la façon dont les gens conduisent.

Une règle universelle semble s’appliquer partout : plus on va au Sud, plus c’est le bazar (la notion de Sud étant une variable floue changeant avec votre origine. Avec l’exemple de la France, si vous habitez à Lille, le Sud commence quelque part vers Roubaix. Si vous habitez à Nice, le Nord débute probablement vers Valence). Mais on voit que selon cette logique, pour un français, la Turquie est un pays du Sud – peut importe qu’il puisse y neiger l’hiver. D’ailleurs soyez sympa, si vous habitez à Istanbul, prévenez vos copains innocents : s’ils viennent au mois de mars, inutile d’amener des tongs.

Mais je digresse. La conduite en Turquie est donc, à l’instar d’autres contrées du pourtour Méditerranéen, complètement folle. Apres avoir vécu aux Etats-Unis, où les seules décisions que j’avais à prendre au volant étaient 1) tourner à gauche à angle droit, 2) tourner à droite à angle droit 3 ) siroter mon café latte, l’arrivée à Istanbul a été un choc. J’ai vite senti que la conduite terrifiait mes compatriotes. J’ai donc commencé à conduire avec une – très légère – appréhension. Mais si je n’avais pas osé, je me serais privée d’une expérience tellement enrichissante…

Pour vous immerger parfaitement dans l’expérience, laissez-moi vous décrire cette scène quotidienne : vous êtes engagée dans le trafic. Un taxi vous double par la gauche, et se rabat sur vous en essayant d’éviter une voiture garée en double file, tandis que dans la voie d’en face, un véhicule recule en sens inverse du trafic car il a loupé la sortie précédente. Ce qui a pour effet de créer une troisième voie de circulation parfaitement virtuelle dans laquelle s’engouffrent des voitures allant dans les deux sens. Un piéton se présente sur la chaussée, prêt à risquer sa vie pour traverser, et vous seriez prête à lui céder le passage si vous ne saviez pas en votre fort intérieur que si vous lui faites cette faveur, quelqu’un d’autre se chargera de l’écraser. Vous arrivez enfin à un feu rouge où vous pouvez souffler, mais vous tenez aux aguets afin de redémarrer au millième de seconde auquel le feu passera au vert – afin de pouvoir doubler tous les taxis qui sont venus s’aligner près de vous en triple file au lieu de faire la queue comme tout le monde, créant par la même occasion un bouchon.

Mais au moins, dans cette situation, vous restez maitre à bord. Quand vous prenez un taxi par contre, il faut vous en remettre au conducteur, et là, il y a deux techniques d’approche : céder à la panique, ou lâcher prise.

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Attention standardisation !

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A force d’avoir laissé des morceaux de vie un peu partout dans le monde, et d’avoir fait et défait mes valises, j’ai fini par apprendre à me raccrocher à de petits repères qui ont rendu mes installations plus faciles. Et il faut dire que la mondialisation, pour autant que j’en rejette certains aspects – qui dit culture globale dit aussi uniformisation et phagocytage – rend parfois la vie d’expat’ plus facile. Oui, il m’est arrivé de me réfugier dans un Starbucks et d’en être rassurée par le design familier et les fauteuils en cuir usés par les fesses d’addicts du frappuccino. Ou de sourire à la millième écoute d’une chanson ayant envahi les ondes mondiales. Mais aussi de bondir de joie à la vue d’un croissant dans un supermarché californien (maintenant, imaginez la transe à la vue de ce même croissant, dans la vitrine d’un Starbucks diffusant un tube planétaire : le réflexe pavlovien à son zénith !).

Ne parlons même pas d’une marque suédoise aux produits en « kramug » et « pouang ». Grâce à son inventivité de génie, vous pouvez casser une étagère au Nicaragua et la retrouver la même à votre arrivée au Kamtchatka. Quoi de plus réconfortant ?

Bon. Heureusement, la richesse de l’expatriation est ailleurs. Dans les petites découvertes, l’immersion dans une nouvelle culture et même dans les petites galères du quotidien. Oui, on apprend la patience et la maitrise de soi quand il faut refaire faire ses papiers en Turquie. Après cinq heures d’attente pour une signature, on apprend surtout à accepter qu’on ne peut rien y changer, quoi. Et ça, c’est une vraie leçon de vie. Donc, Administration Turque : Merci. Je ne râlerai plus jamais à cause de mes chaussettes dépareillées. (N.B : je m’étais promis de caser une histoire de chaussettes dans cette histoire. Et voilà, c’est fait.)

Bref, on peut dire que les hommes ne se sont pas accordés sur grand-chose sur cette planète, mais que les lois de l’emmerdement maximal sont, d’une manière presque rassurante, universelles.

 

Dentifrice 1

Dentifrice 2

Petit Haut Addict

Addiction 2-Recovered

Je vais écrire cet article à la première personne, car pour une fois, je ne vais pas faire à d’autres l’affront d’imaginer qu’elles puissent se livrer à la même compulsion que moi (cependant, si vous vous reconnaissez dans cette histoire, vous pouvez me contacter, même de manière anonyme, je me sentirai moins seule). Bref, j’avoue, j’aime vachement – trop – le shopping.

Une des choses que j’ai du mal à retrouver à l’étranger (avec un vrai camembert) c’est la variété de magasins de prêt-à-porter et de lingerie français. En France, il existe toute une gamme de marques à des prix encore raisonnables dont les vêtements sont de coupe un tant soit peu originale, et dans des matières  – au moins à 50% ! – naturelles. Car non, le polyester n’a pas encore conquis le monde.

Une fois à l’étranger, exit les Kookai, Sud Express, Darjeeling, Caroll et autres ventes privées Comptoirs des Cotonniers ! On a le choix entre du très très cher et hors de portée de bourse, ou alors les géants de la mode accessible – vous savez, Mara, Zango et Hachéhème – chez lesquels je ne rechigne pas à acheter pas cher, mais toujours avec une petite pensée pour les petites mains qui ont cousu les articles, quelque part au Bangladesh (quand on achète un top qui vient du bout du monde pour 5 euros, il ne faut pas se leurrer). De plus, la durée de vie des vêtements est à peu près celle d’une espèce menacée par le réchauffement climatique. Le dernier choix reste les marques américaines, mais après avoir vécu aux USA, et payé mes jeans de marque trente dollars, il est hors de question de donner 150 euros pour la même chose. N’est-ce pas G*P et L***S ? – si vous ne retrouvez pas le nom des marques, écrivez-moi, on fera un pendu.

Bref, au bout de quelques années d’expatriation, oh miracle, j’ai découvert la merveilleuse invention du shopping en ligne ! Mes marques préférées de nouveau accessibles, à juste un clic de souris, à n’importe quel moment de la journée. Enfin, accessibles pour les yeux… Physiquement, elles étaient toujours à quelques milliers de kilomètres de mon placard. Heureusement, j’ai un agent shopping addict, implanté directement au cœur de la capitale de la mode : ma sœur ! Nous avons développé un système d’approvisionnement imparable (si imparable qu’elle parvient même à me retrouver des références qui ne sont pas en ligne grâce à de vagues descriptions : « si si, je l’ai vu en boutique cet été. Tu sais, avec un tissu à fleurs ! »). Voilà comment je me procure les petits hauts :

Addiction 1

Addiction 2

Addiction 3

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Comment devenir une Business woman

Entrepreneuse 1

Ne vous ai-je pas dit qu’il est pratiquement impossible d’obtenir un visa de travail quand on est conjoint d’expat en Turquie ? Pourtant si on a envie de travailler et qu’on ne peut être salarié, il y a toujours une solution : créer son job et se mettre à son compte. Facile ? Eh, eh… eh bien non, encore moins qu’il n’y parait.

Cette solution pourrait déjà sembler quelque peu dissuasive quand on habite en France : il faut oser s’autoriser à penser qu’on pourrait, éventuellement, si on a une idée fantastique qui ne coûte pas cher à mettre en place et que personne n’a jamais eue avant nous, prendre le risque de pourquoi pas, se lancer (parvenir à surmonter cette barrière psychologique pour un français est pratiquement aussi dur que comprendre la phrase précédente).

En Turquie, les choses se compliquent : aux difficultés de la gestion de projet s’ajoutent  les problèmes administratifs.  Où s’enregistrer ? Vous pouvez créer une boite sur place, pour laquelle vous n’aurez pas le droit de travailler (comme vous prévoyez d’en être le seul employé, la productivité risque de s’en trouver gravement affectée), sauf si vous résidez là depuis cinq ans, embauchez cinq turcs, et déposez un capital de trente mille euros  – et par la même occasion créez votre boite une année bissextile, un soir de pleine lune à l’équinoxe, alors que Mars, Vénus et Jupiter seront alignés.

Une autre solution consiste à vous enregistrer en France. Le statut d’auto-entrepreneur est probablement le plus adapté pour vous. Un seul petit problème : il faut normalement résider en France pour en bénéficier. Passons sur le fait que vous allez devoir donner une fausse adresse, cotiser à la sécu et la caisse de retraite alors que vous n’en avez pas besoin et probablement vous faire repérer lorsqu’un fonctionnaire zélé s’apercevra que votre foyer fiscal est en Turquie – ou que vous serez dénoncée par un lecteur de cet article.

Qu’à cela ne tienne, vous vous lancez bravement au mépris de tous les risques ! Et voilà ce que ça peut donner, quand on appelle la Chambre du Commerce de la Nièvre depuis la Turquie pour se renseigner sur son dossier (tout en essayant de faire croire qu’on appelle depuis la France) :

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Entrepreneuse 3

Entrepreneuse 3

Careful what you say

Apprendre la langue locale à l’arrivée dans votre pays d’accueil peut s’avérer être un casse-tête. Avouez-le, vous l‘avez sortie, cette excuse : « de toutes façons, ça sert à rien d’apprendre le turc, on le parle qu’en Turquie ! ». Ce qui vous permet d’ignorer délibérément que vous vous privez de l’opportunité de communiquer avec le nombre modique de 76 millions de personnes (ne comptons pas les chauffeurs de taxi, qui, eux, sont bien contents de pouvoir vous arnaquer parce que vous êtes étranger et ne comprenez rien).

Si l’incapacité à discuter avec les gens vous parait très frustrante, il existe un petit avantage excitant à ne pas parler la même langue que les autres : cela vous donne l’impression que vous pouvez parler librement dans la rue, et même, que pouvez carrément dire tout ce qui vous passe par la tête !

Ah, ce sentiment galvanisant d’être incognito dans la foule, et de pouvoir sans risque commenter votre vie, et même celle des autres, sans récolter de regards désapprobateurs et offusqués ! C’est presque comme avoir une identité secrète, la clé d’un message codé que seul quelques happy few peuvent déchiffrer, la liberté de pouvoir enfin transgresser les règles de politesse qu’on vous a inculquées à coups de pieds aux fesses – car très souvent, on ne se permet pas seulement de dire ce qu’on veut, on se permet aussi de le brailler !

Ce merveilleux avantage pourra être utilisé à diverses fins, de la meilleure à la pire sur l’échelle de la morale (il est possible de reclasser les exemples de la liste qui suit selon vos propres critères) : parler de votre vie privée en public, parler de votre vie sexuelle en public, dire les gros mots que vous n’oseriez jamais utiliser dans un dîner avec vos compatriotes, et enfin, médire des gens qui se trouvent autour de vous sans aucune vergogne ni retenue – le métro à l’heure de pointe s’y prête merveilleusement bien et vous permet de vous défouler.

Cependant un peu de prudence est de mise. Vous êtes expat, et il est fort possible 1) que les lieux que vous fréquentiez le soient aussi par d’autres expats, 2) que les turcs que vous croisiez parlent parfaitement le français, ou en tout cas, bien mieux que vous ne parlez le turc. Ils ne se priveront pas, eux, de communiquer avec vous.

Car oui, le doigt d’honneur est – presque – international.

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Careful what you say 3

Toutes des princesses…

Aquarelle

Si vous êtes déjà venu à Istanbul, vous avez dû visiter le palais de Topkapı – nom que j’ai pendant des mois prononcé ‘Topkapi’, comme le wapiti, ce qui n’était qu’une preuve supplémentaire de ma pauvre maîtrise du turc. Maintenant, j’ai au moins le réflexe de dire ‘Topkapeu’, ce qui n’est gère mieux question accent, mais me donne quand même une petite décharge de fierté : j’en ai appris des trucs en un an en Turquie ! Pourtant, j’ai encore l’impression de ne pas y comprendre grand-chose. Il faut vraiment se plonger dans la culture pour commencer à en cerner les richesses et différences. Cela demande de la curiosité et pas mal d’efforts !

Sur beaucoup de plans, je suis encore une touriste, toute émerveillée par ce qu’elle prend dans les mirettes. Mon plan préféré : prendre le vapur pour traverser le Bosphore. La traversée se fait au large de la côte européenne, et offre une vue imprenable – oserai-je employer le terme de ‘magique’ ? – sur la Corne d’Or, les minarets et coupoles des mosquées de l’architecte Sinan, et sur Sainte-Sophie, dressée là depuis plus de 14 siècles. Derrière elle, sur le promontoire de la pointe du Sérail, s’étendent les patios et jardins du palais de Topkapı, tout en colonnades et fontaines, arabesques et mosaïques. Il est facile d’imaginer ce décor encore habité de courtisans et serviteurs affairés au gré des couloirs, la magnificence des caftans de soie, des armes incrustées de pierreries, des pièces de marqueterie habillées de nacre. Les concubines ayant été confinées au harem, l’idée que j’aurais pu moi aussi y déambuler librement dans une robe des milles et une nuits est assez fallacieuse, mais pourquoi pas se projeter dans le passé une fois de retour chez soi, quand on fait la vaisselle l’éponge à la main et les fesses moulées dans un vieux jogging … Le glamour, il parait bien que ça vient de l’intérieur !

Sultane 2
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Sortez vos poussettes !

Avouez-le, vous avez hâte de vous en débarrasser, de cette poussette encombrante, pénible à charger, qui vous vaut des regards en coin énervés lorsque vous prenez toute la largeur du trottoir dans la rue… Et ne parlons même pas de prendre les transports en commun avec ou d’aller au restaurant !

De plus, cette poussette, tel un appendice gênant mais néanmoins indissociable de votre personne, a fini par incarner votre fardeau quotidien. Vous êtes une mère, enchainée à votre vanity plein de couches et autres biberons, un bambin accroché à une jambe et l’autre braillant pour être porté, et ce pour quelques années incompressibles. Quand vous voyez les autres dans la même situation, au parc, vous avez encore peine à croire que vous offrez le même spectacle. Comment ? Vous n’avez plus dix-huit ans ? Vous aussi êtes adulte ? Quand et comment cela a-t-il bien pu arriver ? Depuis que les jeunes étudiantes, bien que vous vous obstiniez à leur parler comme des égales, vous vouvoient, peut-être ? Ou depuis qu’on vous appelle « Madame » quand vous faites les courses (la bague que vous avez à l’annulaire échoue encore, malgré les années, à vous renseigner sur cette appellation. Du coup, vous vous demandez si c’est à cause de vos rides, ce qui est, disons-le, encore plus vexant).

En Turquie, cependant, il existe un réel avantage à sortir avec une poussette, à la condition expresse qu’elle contienne un enfant. Les Turcs aiment profondément les enfants, leur témoignent toujours de l’attention, et sont toujours prompts à leur pincer les joues et leur donner des bonbons, tout en vous distillant quelques conseils parentaux au passage (conseils souvent à l’extrême inverse de votre philosophie parentale française). Le plus étonnant, c’est que même les hommes jeunes – et même les hommes jeunes et canons ! – n’échappent pas à la règle. Quel délice alors de découvrir que l’accessoire même qui faisait fuir la gent masculine en France l’attire à Istanbul ! Soyons honnête, c’est bien votre marmaille qui intéresse les mecs, et non la main accrochée à la poussette, ni même le corps accroché à cette main, aussi sexy et bien conservé soit-il. Mais malgré tout, ça fait du bien, ne serait-ce que pour la petite dose de fierté ressentie. C’est vous la Wonder Woman qui avez fabriqué cette petite merveille…

Drague Poussette 3

 

Desperate Housewife

Lors de l’installation dans un pays étranger, un seul mot est de mise : adaptation !

Le changement va mettre à l’épreuve toutes vos capacités : course d’orientation dans un environnement inconnu ; négociations pour obtenir l’appartement de vos rêves ; communication avec les mains si vous ne parlez pas la langue (ou si vous déménagez en Italie) ; apprentissage de la conduite selon le code de la route local – qui consiste généralement à enfreindre ce même code de manière systématique ; repérage de la nourriture comestible – la trouvaille de la marque de petits gâteaux de votre enfance dans les magasins locaux peut déclencher une crise d’euphorie ; création de liens avec votre nouvelle communauté… Après deux ou trois expatriations, vous êtes une pro, un caméléon polyglotte international qui se fond dans son environnement en l’espace de quelques mois et parvient à donner le change face aux autochtones – on croit que vous êtes du pays, jusqu’au moment où vous ouvrez la bouche. Si on vous répond en anglais après un simple « Merhaba », il se peut que vous vous sentiez quand même un peu humilié (ne prenez pourtant pas cela pour prétexte pour arrêter les cours de turc).

Il existe un autre challenge pour les femmes d’expat’ (ou leur équivalent masculin beaucoup plus rare) : la poursuite de leur carrière. En Turquie, il est quasiment impossible d’obtenir un visa de travail pour les accompagnants. Cela signifie pour beaucoup un retour au foyer, parfois difficile à vivre – comment ne pas être heureuse dans cette situation privilégiée qui malgré tout vous prive d’un élément essentiel de votre vie, l’indépendance ? Vous pouvez décider de lutter quand même pour trouver du boulot et contourner les difficultés administratives, au péril de votre santé nerveuse, ou bien accepter votre situation de Desperate Housewife et même finir par l’apprécier !

Piscine Desperate 1Piscine desperate 2

 

C’est la rentrée !

C’est le mois de septembre, vous êtes de retour de vacances – si vous êtes partis. Ceux qui ne le sont pas ou sont rentrés avant vous constatent que ca y est, les embouteillages recommencent, le métro est bondé, et il y a de nouveau la queue à la caisse du supermarché. Si vous habitez dans une grande ville, vous vous sentirez un peu comme un touriste pendant les quelques jours suivant votre retour (difficile de remettre des chaussures à talons et d’enfiler vos jeans « skinny » pour aller bosser, du coup, il y a un peu de flottement dans votre tenue vestimentaire. Après tout, septembre, c’est encore l’été, non ?).

Vous avez défait vos valises, remarquez pour la première fois vos marques de maillot de bain dans le miroir après la douche, et vous préparez à affronter l’épreuve de la rentrée des classes (eh, oui, même à Istanbul, il faut s’y coller !).

La Rentree

Cependant, bien que redoutée, cette période peut tout à fait bien se dérouler. La première phase de préparation est la plus chaotique : achats de fournitures scolaires (faits bien sûr à la dernière minute), inscriptions à la cantine et transports, recherche d’activités pour les enfants (ou : jusqu’à quelle heure de l’après-midi allez-vous pouvoir être tranquille cette année ?). Cette phase se caractérise par des montées de stress, des remontrances intérieures (pourquoi ne l’ai-je pas fait AVANT ?), et l’oubli total que vous vous étiez à la plage 5 jours auparavant.

La seconde phase est la phase de décompression : comme les enfants sont enfin à l’école, vous allez pouvoir profiter du calme, de matinées sans Playmobils, de vêtements délicats libres de traces de nourriture (que vous quitterez sitôt les bambins récupérés), des conversations entre adultes au bureau, de phrases profondes et sérieuses, de réunions interminables, de séances de sport pour perdre les kilos accumulés pendant les vacances, et… et… attendez ! En fait, c’était peut-être pas mal les journées avec vos petits anges !

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Un dernier tour un puis s’en va (dédicacé à Corinne, ma belle-sœur, qui a survécu à notre invasion !)

C’est la fin des vacances, le retour à Istanbul est imminent.

Mais pour en profiter, faisons un dernier tour sur les routes de France, à travers la campagne Bourguignonne, avec ses pâturages, ses bois et vallées longuement verdies au soleil, ses fermes isolées posées sur les flancs chauds des collines, le duvet blanc des nuages au ciel accrochés çà et là, reflet de celui des bêtes qui paissent nonchalamment dans les prés, absentes du rythme du monde que nous rejoindrons bientôt.

Pour l’instant, il est l’heure d’aller se promener dans les chemins, la main tendue vers les talus de graminées qui accrochent, carottes sauvages étalant leurs fleurs, chardons, mûriers, discrètes véroniques cachées le long des ruisseaux, on est si loin de la ville, loin du bruit, des transports, de la vie de fou dans laquelle on se débat, ici on est à nouveau petit, léger, douceur d’un rayon de soleil sur une joue lisse, l’air plein les poumons, partis sur un sentier vers les cachettes de notre enfance.

A la campagne 1

A la campagne 2

A la campagne 3

Vision de citadin me direz-vous ? Oui, car la campagne est dure. Pour y vivre il faut savoir la travailler. On s’y plie, on y résiste. Le temps d’une respiration on la dompte et puis à nouveau elle vous renverse. Finalement on est tous pareil avec nos petites vies d’hommes, à ne rien pouvoir faire contre le temps et le hasard. Juste leur sourire avec un pied de nez ?

Ça tombe bien, la semaine prochaine il va en falloir de la patience et de la dérision, c’est reparti, ça recommence les enfants, c’est la rentrée !!! (Don’t panic. Everything will be fine, girls.)

Bon courage tout le monde !

Don’t rain on my parade (ou : en vacances, plus rien n’a d’importance)

Les vacances… qu’elles soient presque finies, ou qu’elles viennent de commencer, vous en avez rêvé toute l’année. Quand vous étiez coincée derrière l’écran de votre ordinateur, au bureau, à la dérive entre Outlook et Excel, harassée par votre boss et pressée de partir récupérer les enfants à la garderie avant la fermeture (votre mec ne peut pas ce soir, il a une réunion vachement importante… comme tous les soirs). Ou bien pendant les heures passées au volant dans les embouteillages, entre le cours de foot du dernier et celui de danse classique de la grande – mais à quand remonte la dernière fois où vous avez eu le temps d’en prendre un, de cours de gym ? Vu comme vous avez apprécié l’épreuve annuelle d’essayage de maillots de bain, la réponse est sûrement : « il y a trop longtemps ». (Entre parenthèses, puisqu’on en parle, il faudra dire aux gens qui conçoivent les cabines d’essayage de revoir l’éclairage : si on peut faire des films en 3D avec des batailles de tyrannosaures, on peut certainement trouver un moyen d’atténuer la cellulite, on est au 21ème siècle, b****l).

Alors avant que la folie du quotidien ne recommence, et surtout après être parvenue à faire les valises (au fil des années, vous parvenez enfin à être plus sélective et à emmener moins de trente kilos de vêtements et sept paires de chaussures pour une semaine de vacances), après avoir fait la route pour descendre dans le Sud avec au mieux huit heures d’Henri Dès en fond sonore, et au pire huit de Reine des Neiges, après avoir affronté les files d’attente et claqué une fortune en péage, après le douzième arrêt-pipi dans une station-service douteuse, durant lequel vous avez sérieusement songé à abandonner vos gosses, vous êtes arrivée, et vous allez en profiter !

Dans le Sud1Dans le sud2Dans le Sud3

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Succomber aux tentations

La découverte d’un pays rime avec celle de sa langue, de sa culture, et surtout de sa cuisine !

Lorsqu’on vient de France, il est facile de faire la fine bouche et de comparer – quels fromages pourraient-ils bien surpasser les nôtres ? Qui peut égaler la finesse de la gastronomie française, d’un haricot vert à la vapeur voltigeant sur une tranche de filet mignon,  d’un escargot de Bourgogne ayant lentement rendu l’âme dans du beurre persillé?

Evidemment, lorsque nous nous retrouvons face à un hamburger et des mashed potatoes, un petit sourire condescendant nous vient aux lèvres, et nous ne parvenons à finir le contenu de notre assiette qu’avec beaucoup de bonne volonté. Du moins c’est ce que nous aimerions faire croire à notre entourage, surtout lorsqu’il est international. Car secrètement, nous aimons comme les autres nous gaver de frites, bien que ce comportement soit indigne de notre réputation (de la même manière, nous prétendons détester les films américains, sauf si c’est du Woody Allen).

Raisonnable 1Raisonnable 2En Turquie cependant, le gastronome français peut être rassuré par l’abondance de choix et de saveurs qui s’offrent à lui. Richesse des épices, luxe des desserts et friandises, les étalages et restaurants se révèlent à la hauteur de ses attentes.

L’arrivée à Istanbul est donc souvent suivie de celle de kilos supplémentaires, imputée à l’ingurgitation régulière et irrépressible de kebabs et autres baklavas. Ce qui nous empêche d’honorer une autre réputation célèbre des français dans le monde, et plus particulièrement des françaises : nous pouvons manger tout ce que nous voulons sans grossir.

Guess what ? Les clichés ont le mérite de faire parfois rire, mais il faut se souvenir de les confronter avec la réalité !

Transports hors du commun (avec mes aquarelles!)

Vous attendiez l’été, la sensation de l’air chaud sur vos jambes nues, les doigts de pieds libres dans vos sandales neuves achetées pendant les ventes privées car c’était trop long d’attendre les soldes – ce qui ne vous a pas empêchée d’en racheter une paire quand les soldes ont effectivement commencé.

Cependant, si l’été apporte son lot de petites joies et libérations, il est un endroit dans lequel son arrivée n’est pas synonyme d’amélioration, bien au contraire : le métro. Et sa variante, le métro parisien à l’heure de pointe.

Car le microcosme du métro en été est un croisement entre la moiteur de la jungle amazonienne, l’odeur d’un club de sport après l’entrainement, et l’ergonomie du parcours d’obstacle.

Vous pénétrez dans la rame bondée, et cherchez immédiatement un peu d’espace pour agripper vos doigts – précaution salvatrice si vous ne voulez pas au démarrage vous retrouver projetée contre un touriste au bord de la suffocation. Malheureusement, de l’espace, il en reste peu : vous auriez peut-être la possibilité de saisir une des barres, enduite de sueur et de germes du monde entier, si les voyageurs ne s’obstinaient pas à s’y coller de toute leur longueur, ou l’une des poignées suspendues au-dessus de vous, qui sont déjà toutes prises – comme en témoigne la forêt d’aisselles qui vous est présentée et ravit votre odorat. Votre chemisier, soigneusement repassé ce matin, vous colle à la peau, presque autant que le type derrière vous qui n’a manifestement pas non plus trouvé d’endroit où poser ses mains. Vous ressortez liquéfiée de la rame, et courez reprendre votre respiration à la surface.

Transports en commun 1

Transports en commun 2

Maintenant, imaginez Istanbul : l’un des moyens de transport les plus empruntés est le vapur, ferry traversant le Bosphore. Votre carte de transport vous donne accès aux brises marines, aux vues des mosquées et palais construits au fil des rives, au çay (thé) à siroter sur le pont du bateau, confortablement assise… et ce pour l’équivalent d’un euro, thé inclus.

Bref, plus le temps passe, et plus je me dis : oui, ça va être dur, de rentrer à Paris !

La migration d’été

Juillet est arrivé !! Et avec ce mois béni des enfants et redouté des mamans, les vacances s’installent… Et elles ne sont pas les seules.

Car il se trouve que, tels des oiseaux migrateurs – mais de ceux du type difficile à déloger, les expats ont l’habitude de migrer et de s’installer pour l’été et souvent, ils le font chez leurs parents !

Migration 1

Migration 2

Et oui, car que font les mères au foyer expatriées, devant la perspective de passer deux mois d’été seules avec leur incontrôlable marmaille dans un pays d’accueil certes agréable mais cependant lointain et déserté? Elles se barrent ! Et s’empressent de retourner au pays, pour réintégrer le foyer familial qu’elles se sont efforcées des années durant de quitter à coups de crise d’adolescence et de premier job pourri – si, si vous pouvez l’avouer, il était pourri, ce job.

Bref. Cette migration n’est pas sans ravir au premier abord vos parents et grands-parents qui vous tannent depuis des lustres pour savoir quand vous reviendrez vous installer plus près de chez eux – ce qui veut dire : dans leur rue, de préférence. Ce à quoi vous répondez, à chaque nouvelle expatriation : la prochaine fois, peut-être ? (La distance entre la France et votre nouvelle destination, ainsi que la potentielle présence de terroristes étant inversement proportionnelle à l’enthousiasme généré auprès de vos proches par votre déménagement. Si vous habitez en Nouvelle-Calédonie, félicitations, vous ne pouvez plus décevoir davantage votre famille: les choses ne peuvent que s’améliorer).

Cependant, après deux mois de cohabitation, de cadence de lessives augmentée, de nuits agitées – car si vous venez de loin, votre bébé est en décalage horaire et s’en fout – de repas émaillés de disputes et de projections de nourriture, votre famille devrait être vaccinée de l’envie de vous revoir pendant au moins quelques mois…

Jusqu’à ce qu’elle vienne à son tour vous envahir chez vous, afin de perpétuer le Cycle…

Et bien, dansez maintenant !

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Le blog La Vie d’Expat en Dessins fête sa première bougie ! Vous êtes 18 000 à avoir un jour ou l’autre partagé mes aventures d’expat et le site a été vu 30 000 fois cette année au rythme d’un article hebdomadaire !

Un an de dessins et articles, ce sont des crayons usés, des idées qui tourbillonnent au fil de la journée pour aller se poser sur une page et lui faire prendre vie, des sujets qui font rire, d’autres qui inquiètent, c’est de l’inspiration, de l’envie, du travail, des jours où il faut s’y mettre et d’autres où ça vient tout seul…

C’est aussi un bouquin en gestation (merci les Editions Sandawe), des collaborations en tant qu’illustratrice (merci à Femmexpat pour son soutien, spéciale dédicace à Maïté, Marine et Florence), la rencontre d’une bande d’entrepreneuses de choc à Istanbul (Sophie, Solène, Marie, Noémie, Lineda, Mélanie et les autres, Jordane même si tu es aux US, toutes vous déchirez…), d’autres liens – virtuels ceux-ci – avec des gens du monde entier, du Canada en passant par Hong Kong, de l’Inde au Maroc, de la France au Brésil, et je vous remercie de vos petits mots, de votre soutien, et surtout de me lire avec indulgence. Merci à celles qui m’ont fait confiance et ont travaillé avec moi. Merci encore à Marie, ma prof de dessin pour m’avoir rendu le plaisir de créer, et à Fred pour son coaching efficace !

J’ai créé ce blog car j’aime raconter des histoires… Mon histoire peut-être, mais uniquement parce que je sais que par de nombreux aspects, elle rejoint la vôtre. Que vous pouvez lire ce blog et vous y reconnaitre à un moment ou à un autre, le montrer à vos proches – eh, tu vois, c’est ce que je vis ! Et aussi, ne pas être d’accord, vivre les choses autrement, et ça aussi, ça me plait. L’échange de points de vue, c’est ce qui ouvre aux autres et au monde. Depuis qu’on est expat, on le voit certainement sous un autre angle.

Alors en parlant d’angle (remarquez cette magistrale transition digne du JT de TF1), je partage avec vous celui d’une photographe talentueuse que j’ai la chance d’avoir rencontré à Istanbul, Noémie Deveaux, avec qui j’ai eu le bonheur de collaborer. La danse étant une grande partie de ma vie, car j’en suis passionnée et je l’ai pratiquée depuis l’enfance (avec mon bidou trop gros et mes pieds tous pourris, je suis pourtant tombée amoureuse de la discipline qui permettait à une petite fille très timide de s’exprimer, de la même manière qu’elle le fait aujourd’hui avec ses crayons et son clavier), j’ai voulu immortaliser ce parcours dans une ville qui m’a permis de me (re)construire, et qui a certainement une influence sur les artistes qui viennent y vivre.

C’est le moment de célébrer, alors je le fais en vous montrant ce moment de bonheur, de liberté, quand on est pleinement soi-même (j’aurais voulu être une artiste, moi).

Mille mercis encore à tous, et à trés trés bientot, ça continueeeee !!!!!!!!

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Credit Photo, Noemie Deveaux, noemie-deveaux.com

J’ai créé une page dédiée à la danse que vous pouvez consulter ici pour plus de photographies !