Partir

Tu as quitté ton pays sur un coup de tête. Tu as quitté ta terre à contrecœur. Tu as quitté ta terre par passion. Tu l’as quittée pour quelqu’un ou pour un job, pour un temps suspendre le cours de ta vie droite et lancée déjà à toute vitesse, pour tromper le quotidien aux journées cent fois répétées, déjà écrites, depuis que tu es petite. « Tu seras cela. » Et puis « C’est comme ça ». On le savait déjà, la maîtresse le savait déjà, nos parents le savaient déjà.

Il y a les rêves d’ailleurs et la réalité d’ici. On enterre les rêves et on revient à la réalité. C’est raisonnable, rationnel, des études et un poste pour garantir une sécurité qui peut-être un jour t’étouffera. Et la question, qui déjà pointe son nez, quand tu repenses à l’enfant que tu étais il y a pas si longtemps, en voyant ton reflet dans les vitres taguées du métro, dans celles de ton bureau, dans les yeux fatigués des passants qui tracent leur chemin sans élan, tout comme toi. Le temps t’a pris ton élan, il l’a fractionné en heures, en minutes et en secondes, et maintenant tu cours sans envie, tu n’es plus jamais vraiment où tu es, tu es en avance ou en retard, tu es au téléphone, tu es sur Facebook, tu es absente, épuisée, désorientée, défragmentée.

La question, donc. Est-ce vraiment ce que je voulais ?

Ils disent que tout est possible. Ils disent que ce n’est pas vrai, que rien ne l’est. Ta vie se résume à une somme de choix qui parfois t’étourdit et te fracasse. Tu ne peux plus revenir en arrière. C’est la seule chose que tu sais.

Il n’y a que le champ de l’avenir et ses multiples routes. Il n’y a que ta prétendue liberté qu’en réalité tu n’as jamais vraiment considérée, ni clamée. Le jour où tu le fais, le gouffre des possibilités offertes te donne le vertige. Ta responsabilité te donne le vertige. Si tu ne choisis rien, tu dis que ce sont les autres, que tu aurais pu, mais dans d’autres circonstances, une autre vie, a un autre moment. Ça aurait pu être hier, ce sera peut-être demain. Mais c’est toujours demain finalement. Demain parfois, ça veut dire « jamais ».  Quand je serai prête. Quand tu auras fini de payer ta baraque, quand tu auras enfin eu cette promotion, quand tes enfants seront plus grands et quand tu auras perdu trois kilos.

Mais si tu choisis… Que se passera-t-il ?

Finalement, un jour, un accident s’est présenté sur la route, et t’a fait trébucher. C’était un accident d’amour, un accident de travail, un accident-maladie, un accident-dépression. Ça t’a fait l’effet d’un petit chaos sur un chemin lisse ou bien d’un camion qui te rentre dedans. On pourrait changer. On pourrait partir. Tu as d’abord refusé. Tu as sauté de joie. Tu redoutais ça depuis toujours. Tu attendais ça depuis toujours. Tu as eu peur, tu as eu envie. Tu as été prendre une carte, tu as regardé sur internet, tu t’es dit que non, que oui, que pourquoi pas car c’était un peu fou. Qu’est-ce qu’ils  vont dire ? Tu t’es vue quitter ton job et tu as imaginé les regards d’envie. A ta place c’est ce que j’aurais fait. Ou bien : Tu es dingue. Tu t’es projetée dans de nouveaux paysages, tu as eu l’impression qu’on t’enlevait un fardeau, tu as eu la sensation de pouvoir enfin dire merde. Tu as compris que rien ne t’avait jamais retenue a par toi.

Tu as fait tes valises avec celles de ton mec et celles de tes enfants, tu es partie au Mexique, aux USA, en Turquie, à Hong Kong, au Chili, en Nouvelle-Zélande, en Allemagne, au Maroc. Tu t’es installée avec les locaux, tu t’es installée parmi les expats. Tu connaissais déjà la langue. Tu as du l’apprendre. Tu as parcouru de nouvelles routes que tu as faites tiennes, rendu familiers les endroits que tu as découverts, t’es approprié des noms imprononçables. Tu as trouvé ça facile. Ça a été dur. Tu as adoré. Tu as regretté. Tu es rentrée. Tu n’es jamais rentrée.

Tu t’es reconnue. Et enfin, tu n’as plus peur d’être libre.

PETIT FLORILEGE DE PENSEES TOURMENTEES A L’IDEE DE S’EXPATRIER (encore)

4.1 Doutes existentiels

4.2 Doutes existentiels

4.3 Doutes existentiels

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Une réflexion sur “Partir

  1. Caroline, je ne te connais pas, mais o dirait que tu me connais, ou alors qu’on a vécu la même chose. C’est vraiment ça. Bouffée d’émotion pour ces souvenirs qui tombent vraiment juste. Bravo !

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